Les hors-séries et autres produits
dérivés ont mauvaise réputation depuis le premier Gun Survivor paru
sur PlayStation en 2000 (presque dix ans déjà!). Pourtant, tous ne
sont pas systématiquement pourvus d'une qualité douteuse ou
médiocre, la preuve avec ce premier Outbreak qui mérite le coup de
pad. Dissection rapide...
Au café des bons zombies
Quelques mois avant le renouveau
Resident Evil 4 (voir test), sort sur
PlayStation 2 un certain Resident Evil Outbreak.
L'idée est stimulante : il s'agit d'explorer l'envers du décor de la trame principale, en incarnant ce coup-ci les habitants de Raccoon City eux-mêmes, qui voient un terrible virus se répandre dans leurs rues, transformant les individus en zombies affamés de chair fraîche.
Ainsi, après une cinématique d'introduction d'excellente facture qui situe admirablement le contexte en quelques images, on prendra place au sein d'un bar qui se verra soudainement encerclé par une meute dangereuse.

Ni une ni deux, vous serez placé aux commandes d'un personnage de votre choix, pas un héros, juste un citoyen comme vous et moi. Ils sont 8 au total (la plupart ayant un physique inspiré par des acteurs américains) et chacun a ses aptitudes propres, en fonction de son statut au sein de la société (le plombier saura bricoler des objets, le flic saura manier les armes, l'écolière aura un inventaire plus conséquent du fait de son sac à dos, etc...).

L'idée est excellente et
stimulante! On se voit donc au coeur de l'action,
brutalement plongé dans l'enfer pour une implication maximale. Le
but est de sauver sa peau, de ne pas laisser le virus progresser en
vous et de venir en aide à vos coéquipiers.
Sur le papier, on adhère à 100%, pas de problème. Mais qu'en est-il une fois le pad en mains?
Pinceaux, crayons, même combat : ça s'emmêle!
A l'origine prévu pour être jouable online, le titre de Capcom sortira sous les latitudes européennes amputé de cette fonction, ce qui créera bien des frustrations parmi les critiques et les joueurs.
Car il faut bien le reconnaître, les premiers pas dans Outbreak se soldent par une catastrophe ludique!
La maniabilité est complexe,
les possibilités nombreuses et pas mal de gestion est à prévoir,
certes, mais dans un jeu où l'état
d'urgence est permanent du début à la fin, avec
un inventaire qui ne met plus
l'action en pause, des zombies qui ne tardent
jamais à vous rejoindre où que vous alliez et des coéquipiers qui n'en font parfois qu'à leur
tête,
autant dire que le nouveau venu va s'emmêler les crayons en beauté,
foirer lamentablement ses premières parties, multiplier les
game-over et se demander s'il ne va pas revendre le jeu illico
presto ou plutôt le jeter du huitième étage de l'immeuble, pour le
défoulement.
Qui plus est, dans Outbreak, le danger ne vient pas seulement de l'extérieur : vous êtes automatiquement contaminé par le virus dès le début. Une jauge calculée en pourcentage s'affiche au bas de l'écran, se remplissant régulièrement. Quand celle-ci parvient à 100%, vous devenez un zombie avec un game over assuré.
Il vous faudra donc constamment vous abreuver d'antidotes pour maintenir votre état de santé, et ce tout au long du jeu et quel que soit le personnage choisi, décuplant encore davantage la pression mise en place.
Tout cela pour dire que
Oubtreak ne s'adresse
clairement pas aux casuals gamers (joueurs occasionnels),
il demande un certain investissement
car il est réellement peu évident à manier, et la difficulté est au
rendez-vous. Un tutorial n'aurait vraiment pas été un
luxe!
En outre, il souffre d'un aspect technique handicapant pour ce genre de jeux : des loadings trop longs entre chaque pièce, chaque porte. Pour un jeu qui comporte beaucoup d'allers-retours sous la pression du temps qui passe, c'est éreintant et stressant.
Mais quiconque aura fait l'effort de ne pas s'arrêter à cette première et fâcheuse impression bénéficiera d'agréables surprises.

Raccoon by night

Les habitués de la saga trouveront leurs marques après quelques petites tentatives, tentatives motivées principalement par le respect affiché de ce Outbreak, qui n'a de cesse de vouloir honorer le nom qu'il porte, en traquant ces détails qui renouent avec la saveur particulière d'un Resident Evil, notamment dans les décors, où mobiliers baroques, lampes de chevet et horloges anciennes flirtent avec des cardes urbains et autres complexes high tech.
Certes, il ne se hisse pas au niveau de
la qualité exceptionnelle des épisodes principaux, mais tient
suffisamment la route et s'enorgueillit d'un gameplay certes
complexe mais assez riche pour retenir
l'attention.
On retrouvera donc en premier lieu et
malgré l'état d'urgence constant (ou quasi), l'alternance action/réflexion, avec la
traditionnelle recherche d'objets et de clés nécessaires à la
progression, ainsi que quelques
énigmes qui n'ont pas grand chose à envier à celles des épisodes
standards. Loin de là!

On aura aussi le plaisir de traverser des lieux connus, principalement le laboratoire de Resident Evil 2. Rien que ça!..
Les aptitudes diverses des personnages
sont aussi assez intéressantes à mettre en oeuvre
(fabrication d'objets, crochetages de serrure, maniement des armes
ou applications des soins) et la
possibilité de se cacher dans les pièces visitées
(placards, sous les lits) est bienvenue. On appréciera également le
fait de pouvoir encore se défendre quand un zombie nous a mis au
sol, en lui relevant la tête et en lui tirant dedans.

Prends-toi ça
dans tes
vieux chicots
pourris!
Si le tout est loin d'être évident à gérer, on se prend assez vite au jeu, Outbreak réussissant par ses qualités à inverser le sentiment rébarbatif des débuts de bien belle façon, ce qui n'est pas courant.
Ce qui ne gâte rien, il est agréable à la
rétine. Il n'égale pas pour autant un Rebirth, mais
il jouit d'une réalisation en 3D du
plus bel effet pour de la PS2 et se voit en outre
pourvu d'une bande son
remarquable, même si, là encore, on n'atteint pas
l'ambiance phénoménale d'un épisode officiel. Mais on notera tout
de même la qualité orchestrale des compositions, et notamment celui
de l'introduction qui aura fait frissonner de plaisir les
amateurs.
Enfin, détail qui ravira les puristes : les machines à écrire répondent présent... mais pas les rubans encreurs. Mais c'est déjà assez compliqué à gérer, par la peine d'en rajouter. Donc en l'occurrence, c'est une bonne chose.
Est-ce que tu viens pour les vacances..?

Gameplay terriblement brouillon, loadings trop longs, coéquipiers parfois têtus, ne sauront tarir le plaisir des inconditionnels de la saga de Capcom à parcourir un jeu qui en reprend noblement la mythologie tout en essayant régulièrement et avec succès de retrouver cette épice raffinée propre aux Resident Evil.
On aura ainsi le privilège d'explorer l'autre versant du scénario principal, en intégrant ce coup-ci ni plus ni moins que les citoyens de Raccoon City eux-mêmes, tentant de s'entraider et de se sauver de leur ville brutalement envahie par les zombies, tout en se soignant mutuellement du virus qui les ronge.
Pour le coup, le mot "survie" signifie quelque chose, peut-être même davantage que dans la série principale!
Pas forcément incontournable, Outbreak s'érige néanmoins sans mal au rang de produit dérivé le plus digne de porter le nom de Resident Evil.

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