Fort du succès rencontré par son légendaire Resident Evil, Capcom explore de nouveaux horizons dans l'effroi dès 1999, avec le développement de Dino Crisis, qui reprend les recettes du survival horror, mais en remplaçant à la patte levée les zombies par des dinosaures.
Retour sur la série saurienne qui a su séduire sans souci, bien qu'elle ne soit pas exempte de défauts.
Etape 1 :
J'avais cru voir un zombie,
mais ouf : ce n'est qu'un tyrannosaure!
A l'époque, les screenshots qui
précédent le premier volet ont de quoi mettre l'eau à la bouche des
joueurs, qui voient là l'opportunité de combler efficacement
l'attente cruelle imposée entre deux Resident
Evil.
L'histoire est celle d'un groupe d'intervention (décidément!) envoyé sur une île abritant un complexe scientifique, pour empêcher un savant de s'adonner à des recherches pour le moins louches. Savant présumé mort, précisons.
Le soft est intéressant, à user des mêmes rouages efficaces que son aîné zombifié, avec énigmes (parfois corsées), exploration et recherches d'objets et de clés, le tout ponctué par des combats sous restriction de cartouches.
Un vrai survival horror, en somme, avec un petit plus : ici on peut avancer en restant en joue, contrairement à Resident Evil.
Il faut aussi souligner la qualité indéniable de la modélisation et de l'animation des créatures, d'un réalisme percutant!
Cependant, le soft souffrira de cette comparaison avec la saga-culte de Capcom, clairement en défaveur de Dino Crisis.
Son ambiance est moins soignée, beaucoup
plus glaciale, et sa réalisation se situe quelques crans au-dessous
d'un Resident, avec une fausse 3D qui n'apporte rien de
concret au gameplay, ne faisant qu'appauvrir l'aspect graphique
général à grands renforts de pixels et textures dansantes, faible
technique de l'époque oblige.
Les musiques sont également plus cheap, même si elles conservent la même opposition entre tension et réconfort des salles de sauvegarde.
Bref, un ensemble de petites choses qui auront rendu l'implication du joueur moindre. De ce fait, si Dino Crisis n'est pas mauvais et peut se targuer de proposer un challenge sévèrement corsé avec ses sauriens nettement plus véloces et agressifs que les somnambulesques zombies, on n'aura pas forcément la motivation nécessaire pour le relever.
Une petite déception, donc, d'autant qu'il n'est pas véritablement effrayant.
Dino Crisis 1, PlayStation, 1999
Etape 2 : Viens, on va casser du brontosaure!
Un an après la première expérience
parmi les sauriens, Dino
Crisis rempile pour un second épisode qui
fonce dans le tas en proposant ce coup-ci non plus un survival
horror austère, mais un beat'em
all débridé. Contre toute attente, c'est une excellente
surprise!
Certes, les dinosaures n'offrent désormais qu'une crainte limitée, puisqu'on les abat par dizaines sans ciller, mais Dino Crisis 2 s'apparente à un Resident Evil 4 avant l'heure (toutes proportions gardées) en ce sens où l'on peut enchaîner les parties en boucle avec un plaisir sadique constant. Dino Crisis 2 sait en effet varier son action et offrir cette jouissance ludique que peu de softs savent procurer au joueur. Une aventure courte mais intense.
Capcom a revu sa copie en déplaçant son action vers la jungle (en opposition avec les décors de bases high-tech, le contraste fonctionne à merveille)), qui rend l'ambiance générale plus chaleureuse, en lui apportant le caractère qui lui faisait défaut sur le premier opus. Les développeurs ont aussi appris de leurs erreurs passées, en revenant à des décors précalculés, qui sont alors d'une richesse jamais vue! Ça fourmille de détails, c'est un petit bonheur visuel.
Au niveau du système de jeu, chaque
ennemi abattu rapporte des points, qui, cumulés, vous permettront
d'améliorer votre équipement et d'acheter de nouvelles armes... ça
ne vous rappelle rien?
Sans aucun doute le meilleur de la série.
Dino Crisis 2, PlayStation, 2000
Etape 3 : une nouvelle aventure des dinos dans l'espace!
Pour son troisième volet,
Dino Crisis
s'exporte en plein vide sidéral, à bord d'un vaisseau spatial en
perdition. Cependant, n'y voyez en rien un Dead Space avant l'heure,
Dino Crisis
3 revenant à une ambiance plus froide et
impersonnelle, avec son engin flambant neuf et clinquant de mille
brillances reluisantes.
Notre personnage est ici équipé d'un jet-pack lui permettant de voler au ras du sol un court instant. Quand on l'a bien en mains, il rend les affrontements particulièrement jouissifs, en apportant la possibilité de tournoyer autour de sa cible pour mieux la canarder.
C'est vraiment sympathique et le soft pourrait s'avérer des plus intéressants s'il ne cumulait d'emblée les tares qui finissent par entamer dangereusement le plaisir de jeu.
En effet, nous sommes ici de retour à une 3D hybride (angles de vue à la Resident, mais qui suivent le personnage), avec des caméras qui ont subitement pris la sale manie de se positionner au plus mal systématiquement , obligeant le joueur à fonctionner à l'aveuglette la majeure partie du temps. La vue subjective accessible à tout moment n'y changera pas grand chose.
De même, le vaisseau spatial qui constitue le décor unique de l'aventure possède une structure interne modifiable à volonté, vous aurez ainsi à changer l'emplacement des pièces et couloirs à plusieurs reprises.
Une bonne idée sur le papier, mais quand
on a affaire à une unité de lieux tous ressemblants, couplée au
handicap des caméras foireuses et des changements d'angles de vue
perturbants (même pour quelqu'un de rodé à l'exercice du survival),
autant dire que ça rend la moindre orientation particulièrement
pénible et contraindra le joueur à consulter la carte des lieux en
permanence!
On se demande donc pourquoi, dans ces conditions déjà peu brillantes, Capcom s'est senti obligé de diriger son soft vers la plate-forme! Je vous laisse imaginer la galère...
Dino Crisis 3 n'est pas foncièrement désagréable en soi, il reste même fort sympathique, mais il ne tient pas la distance, croulant sous ses propres défauts. Dommage.
Dino Crisis 3, XBox, 2003
Conclusion
Commencée comme survival horror pour muter à l'action brute, la série Dino Crisis a connu une qualité inégale sur ses trois épisodes parus.
Le premier est un bon survival, mais son ambiance glaciale ne séduira pas tout le monde et empêchera les moins patients de relever le défi de son imposante difficulté.
Le second est un vaste shoot de dinosaures mais s'avère paradoxalement être le plus jouissif de tous, dont on peut enchaîner les parties en boucle avec une jouissance ludique sans cesse renouvelée, ce qui est finalement chose rare.
En revanche, le dernier opus a avoir vu le jour (DC3) est clairement le moins bon d'entre tous, avec ses caméras foireuses et un vaisseau transformable, annihilant tout sens de l'orientation et rendant le côté plate-forme horripilant.
Même si la série des Dino Crisis ne saurait s'élever à la hauteur de celle de Raccoon City, elle en a quand même sous le capot et sait capter l'intérêt du joueur malgré ses défauts. Et Dino Crisis 2, le plus défoulant, laissait déjà présager le tournant de Resident Evil 4 en termes d'action débridée et particulièrement réussie.

Que devient Regina? 
Commentaires